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Manger dans le noir fait tomber les barrières Version imprimable Suggérer par mail
Yverdon, souper dans le cité, reportage

Créée en 2000 par Natacha de Montmollin, l'association Blindlife a pour but de «jeter un pont entre voyants et non-voyants». Depuis 2004, cette non-voyante originaire d'Yverdon organise, notamment, des repas dans le noir. Samedi, 69 convives ont pu approcher quelque peu sa réalité le temps d'un souper dans l'obscurité.

Journal 24 heures du 25.09.2005

«Bon, on ne voit rien, mais au moins ça rigole!» «Tu es stressée?» «Quoi? On ne peut même pas prendre sa montre?» Dans l'entrée de la cabane du club cynologique d'Yverdon, on s'inquiète. Plus que quelques minutes et le petit groupe rejoindra la salle où les attendent quelque soixante convives pour manger. A un détail près: le repas se déroulera dans le noir le plus total, sous l'égide de Natacha de Montmollin, fondatrice de l'association Blindlife et instigatrice de ces repas à l'aveugle dans la région.

La porte s'ouvre. A la queue leu leu, ces non-voyants d'un soir pénètrent dans la salle en tâtonnant. Premier choc: le bruit. «C'est typique, note Natacha. Lorsqu'on perd un sens, on en développe un autre. Les gens parlent toujours très fort.»

On s'assied tant bien que mal, espérant retrouver sa place au moment où on ira chercher son assiette. C'est que les organisateurs mettent leurs clients à l'épreuve. «Le but est que les gens se débrouillent seuls, poursuit Natacha. De faire tomber les préjugés, car il y a un manque d'information sur la vie des non-voyants. Même si les mentalités ont évolué, il n'est pas rare de voir encore des gens choqués parce que nous avons des enfants.»

S'ensuit le repas et son cortège de maladresses. Bouteilles renversées, verres qui s'entrechoquent, bousculades, l'ambiance est plutôt bon enfant. «C'est fou comme on parle avec les gens. Le fait de manger dans le noir fait tomber des barrières», note une participante venue du Valais avec des amies.

Place au repas. Dans l'assiette, du rôti et des pâtes. «Moi, je m'en fiche, je mange avec les doigts!» entend-on. Au dessert, les lumières se rallument. Un peu groggy, les invités découvrent leurs voisins en clignant des yeux et échangent leurs impressions.

Au final, certains seront venus fêter un anniversaire, d'autres pour tenter l'expérience ou encore simplement manger avec les doigts. Tous auront vécu, l'espace de trois heures, un peu de la réalité de Natacha.

Témoignage des participants

Sylvain Locatelli, Mézières.
"Je suis venu fêter mes 26 ans avec des amis. ça fait longtemps que j'ai envie de tenter l'expérience. C'est impressionnant, cette obscurité : les autres sens sont exacerbés et même si on s'habitue à cet état, on reste complètement perdu. A notre table, on a été tous très troublés. Avec mes amis, on a envie de retenter l'expérience chez nous."

Nadine et Claude Zellweger, Grandson.
"On ne pensait pas que ce serait aussi bruyant. A l'expo 02, nous sommes allés à Blindekuh et les gens étaient très calmes. L'expérience est très intéressante, mais ce n'est peut-être pas le meilleur moyen de se mettre à la pace des aveugles. Par exemple, ici, on peut manger avec les mains car tout le monde est dans le noir, mais eux, tout le monde les voit."

Claudine Métrailler, Veysonnaz (VS).
"Nous sommes venus pour l'anniversaire de ma soeur, mais elle a dû manger à la cuisine car elle n'a pas supporté de rester dans le noir. Au début, j'étais complètement perdue, je ne savais pas comment manger. Finalement, j'ai opté pour la fourchette et les doigts! Ce qui est bien, c'est que les gens se parlent même s'ils ne se connaissent pas. Il y a des barrières qui tombent."


Journal 24 heures du 25.09.2005

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