Les termes "doué", "surdoué", "précoce" ou "haut potentiel" recouvrent une même réalité : la douance, aussi appelée surdouance ou surdouement. Douance n'est pas synonyme d'intelligence.
Ce que ce n'est pas : un individu "comme les autres", mais avec un haut QI ou une intelligence supérieure.
Introduction sur l'enfant précoce en général
Ce que c'est : un individu avec un fonctionnement cérébral différent (on dit qu'il est "câblé différemment") qui se caractérise par : - Surtout, un mode de pensée et un comportement psychoaffectif différents (hypersensibilité, intensité, ...) qui génèrent un décalage permanent par rapport à « la norme ». - Souvent, un bon potentiel intellectuel, grâce auquel certains lui reconnaissent parfois une certaine intelligence. Intelligence qu’il ne manifeste pas nécessairement, ou seulement dans certain domaine (intellectuel et/ou créatif), dont il n’est pas toujours conscient ou que sa lucidité naturelle l’empêche de reconnaître. D'apparence normale, les surdoués ne se distinguent en rien de la population qui les entoure : certains sont matheux, d'autres ont les maths en horreur ! Seul leur fonctionnement mental (invisible à l'oeil nu) diffère quelque peu.
"Etre surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente. L'intelligence de l'enfant surdoué est atypique. C'est cette particularité qui rend souvent difficile son adaptation scolaire, mais aussi son adaptation sociale. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité." Jeanne Siaud-Facchin, "L'Enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir" Ce n'est donc pas connaître son QI qui est important, c'est avoir la confirmation qu'on fonctionne différemment, apprendre en quoi ça consiste, apprendre le fonctionnement des individus dans la norme, comprendre pourquoi ça ne colle pas toujours et comment ça peut éventuellement coller. Mais qui sont ces enfants pas tout à fait comme les autres ? Que ressentent-ils ? Comment vivent-ils leurs spécificités ? Pourquoi échouent-ils bien trop souvent à l’école, sabordant leurs compétences et le fondement-même de leur identité ? Etre doué n’est pas une pathologie, mais une particularité qui peut devenir difficile à vivre si l’enfant n’est pas décelé à temps et compris dans sa spécificité. Quand c’est le cas, différents problèmes peuvent survenir : dépression, échec scolaire, tentative de suicide, troubles alimentaires… Il est donc essentiel d’aider les enfants à haut potentiel à s’adapter à un système qui ne fonctionne pas comme eux. Une personne douée a un mode de pensée et un comportement psychoaffectif différents de la norme : excellente mémoire à court et à long terme, hypersensibilité, créativité, intuition, pensée en arborescence (la pensée en arborescence explore tous les possibles de toutes les branches qui s'offrent à notre réflexion), et non séquentielle, (la pensée séquentielle est une structure de pensée linéaire, de pas à pas qui s'inscrit dans le temps), comme c’est le cas chez la plupart des enfants; d’où risque d’échec scolaire, ce mode étant privilégié dans l’enseignement. Le mode de fonctionnement d’un enfant surdoué est trop différent pour s’adapter sans dommages aux normes scolaires fixées par le système éducatif et pour s’intégrer au sein des différents groupes de pairs qu’il rencontre au quotidien. Sous la pression scolaire ou sociale normalisatrice, le jeune à haut potentiel qui se sentira inadapté pourra être poussé au déni de ses possibilités ou à sa marginalisation sociale.
Lorsqu’un enfant ou un adolescent vit cette situation quotidiennement et en ignorant totalement la cause de ses difficultés, deux solutions s’offrent à lui pour exprimer son mal-être : soit il accuse le monde extérieur et le rend responsable de tous ses maux. Il extériorisera alors ses difficultés à vivre cette situation en adoptant des comportements alarmants (arrogance, prétention, hyperactivité, ... ou isolement, dissipation, rêverie, parfois confondus avec un déficit d'attention) ; soit il se persuadera petit à petit que c’est lui qui est anormal et il intériorisera sa douleur par des comportements autodestructeurs (dépréciation, automutilation, troubles alimentaires, dépression…).
Que faire pour aider les enfants HP (enfants à haut potentiel)?
"Un surdoué est comme tout le monde, ... mais plus !" - plus rapide parce qu'il capte plus vite, mais plus lent parfois, parce qu'il est perfectionniste, - plus agité parce que plus énergique, mais aussi plus calme, quand il fixe son attention sur un sujet qui l'intéresse, - plus sensible, plus affectueux, mais aussi parfois plus froid, indifférent quand il veut se protéger, - plus généreux, mais aussi plus économe, - plus indulgent, mais aussi plus exigeant, ...
Pour leur offrir les meilleures chances de s’épanouir, il est indispensable de :
Déceler leur particularité dès le plus jeune âge ; Les aider à comprendre leur propre mode de fonctionnement et leur apprendre celui de l’école, et ce, dès la maternelle. Il ne s’agit pas de demander à l’enfant de renier son système de pensée, mais de lui donner la possibilité de faire le lien entre son système et celui de l’école (= mode de communication qui lui permettra d’être compris de tous); Leur offrir un cadre précis, des limites claires, « forcer » leur motivation sans perdre de vue la notion de plaisir…
Il faut être conscient que chez l'enfant précoce, seul le niveau intellectuel est en avance, les autres composantes de la personnalité suivent un développement normal, voire présentent, parfois, un léger retard. « Pour parler de ces enfants, J.-C. Terrassier a créé le terme de « dyssynchronie », élément du vocabulaire grec de « dys » : difficulté, « syn » : avec, « chronos » : le temps. La dyssynchronie de l'enfant intellectuellement précoce ne serait autre que la difficulté pour lui, à la différence de la plupart des autres enfants, à présenter un développement homogène des différents secteurs de sa personnalité, c'est-à-dire : entre les niveaux intellectuels, affectifs, psychomoteurs et graphomoteurs. » Chaque enfant intellectuellement précoce doit assurer quotidiennement ce déséquilibre entre les différents secteurs de son développement.
Dyssynchronie Intelligence – Psychomotricité Les enfants sont souvent perçus comme assez maladroits, voire empotés mais peuvent montrer paradoxalement une capacité extrême lors d’activités les intéressant et exigeant une psychomotricité très fine. En effet, les enfants vont fréquemment éprouver des difficultés au niveau de l’écriture et très mal vivre cette main qu’ils considèrent comme rudimentaire parce qu’incapable de suivre le rythme de la pensée.
Dyssynchronie Intelligence – Affectivité
Cette part de leur dyssynchronie est sans doute celle qui interroge le plus les adultes quand il est question d’enfants intellectuellement précoces et pour laquelle il est fait référence à la fameuse IMMATURITE, source d’incompréhension majeure concernant ces enfants. - L’anxiété au quotidien ou les peurs de la nuit qui ne sont pas maîtrisables par le raisonnement ; on suppose que ces enfants dont on connaît, par ailleurs, la qualité de l’intelligence, devraient savoir se raisonner. Mais il n’en est rien et ils n’y peuvent rien. Par compensation, face à ces angoisses, ils peuvent mettre en place des rituels que l’on peut prendre pour des manies. Tout étant question de mesure et tant que ces manies n’envahissent pas toute la vie quotidienne, elles ne doivent pas être cassées puisqu’elles sont une soupape à l’angoisse. Certains parents et d’autres adultes ont des difficultés à accepter ces comportements dyssynchroniques : par exemple, les comportements - bébé que manifestent bon nombre de ces enfants paraissent, là encore, en contradiction avec leur capacité de raisonnement et la qualité de leur questionnement. Mais dans la mesure où ces types de comportements sont constitutifs de leur personnalité, il ne faut pas essayer de les faire grandir plus vite dans ce domaine, car ils seraient contraints à développer une fausse maturité de façade et une frustration chronique. De plus, faire appel à la raison, à l’intelligence ne pourrait être que source d’angoisse. Par contre, nous les adultes, nous pouvons essayer de les aider à vivre au mieux cette dyssynchronie, par un accompagnement tolérant et respectueux.
Les enfants aveugles et intellectuellement précoces :
Le dépistage de la précocité permet de donner du sens à certains comportements apparemment inadaptés et de prévenir ainsi la survenue d’éventuelles difficultés affectives ou cognitives chez ces enfants atypiques, mais :
On peut mal interpréter les signes et les attribuer à la cécité : langage élaboré = normal, la communication ne peut passer que par là, excellente mémoire = normal pour un aveugle, pose des questions sans arrêt = normal, il ne voit pas, il a besoin de descriptions, calcule tôt et bien mentalement = normal, il est dans son monde, compter ça l’occupe, etc.…
Un enfant intellectuellement précoce est suffisamment différent d'un enfant dans la norme pour qu'on puisse lui diagnostiquer à tord des troubles psychopathologiques, a fortiori s'il est aveugle et que son histoire médicale est complexe. On hésite d’avantage à faire passer des tests de QI aux enfants handicapés, la tendance étant au refus des évaluations, de «l’étiquetage». Il existe toujours dans le parcours de l’enfant (hospitalier, scolaire…) un, souvent plusieurs psychologues. On croit donc avoir tout exploré de l’enfant, mais tous les psychologues ne sont pas formés à la précocité. Les tests ne sont pas adaptés à la cécité, pas seulement à cause des supports qui sont visuels, mais aussi parce qu’un enfant aveugle n’a pas pu avoir les mêmes expériences, se forger les mêmes connaissances que les enfants voyants sur qui sont étalonnés les tests.
Bilan et résultats :
· Les enfants handicapés ont un dossier médical dans lequel on classe leurs différents bilans. Le bilan issu des tests de QI risque d’être classé «secret médical» avec les autres.
· Le profil psychologique résultant des tests est fait pour donner des orientations adéquates et doit donc être transmis aux personnes qui participent à l’éducation de l’enfant, à commencer par la famille. L’orientation d’un enfant handicapé étant définie par des commissions, il est nécessaire que ces commissions aient connaissance des bilans et puissent y avoir accès.
Il est d’autant plus important que le psychologue lui fournisse une explication claire de sa précocité intellectuelle et de ce qu’elle implique. La maturité intellectuelle :
· Les capacités mesurées font état d'un âge mental, sur le plan intellectuel, en avance d'une ou plusieurs années sur l'âge légal de l'enfant. Ce qui s'exprime en terme d'aptitudes, mais aussi en termes de besoins, de rythme d'apprentissage, de centre d'intérêts, etc.… · L’enfant aveugle a déjà tellement à apprendre dans tous les domaines, son emploi du temps doit inclure des cours de locomotion, de dactylo, d’AVJ (activités de la vie journalière), etc.… De plus, le besoin de descriptions orales rend déjà les explications longues : quand trouver le temps pour l’approfondissement des matières intellectuelles ? · Pour les enfants voyants, le principal objectif de l’école est l’atteinte d’un certain niveau scolaire, alors que pour les enfants aveugles l’école vise un développement global harmonieux. Dans ce contexte, s’appuyer sur la maturité affective ou motrice de l’enfant pour se prononcer sur sa maturité intellectuelle trouve une argumentation.
La précocité scolaire :
Si l’enfant intellectuellement précoce vit affectivement et physiquement au rythme de son âge réel, son âge mental entraîne le besoin d’une précocité scolaire. Les solutions préconisées sont: entrée en primaire avant l’âge requis, saut de classe, approfondissement enrichissement autour du programme scolaire. · Dans la mesure où l’enfant handicapé bénéficie d’un projet individuel personnalisé, il est en théorie plus facile d’aménager sa scolarité en tenant compte de ses appétits intellectuels. · S’agissant d’un enfant handicapé, l’avance scolaire peut être plus ou moins bien acceptée des camarades et de leur famille : mieux acceptée parce que l’enfant est de toutes façons différent et non comparable aux autres, ou au contraire moins bien parce qu’inconsciemment, on associe handicap visuel et intellectuel.
Il est important d’être clair sur les raisons des décisions prises, et de démentir tout rapport avec la cécité. Mais, dans un souci de protection, la famille peut s’opposer à une accélération scolaire par crainte que l'enfant ne «grandisse trop vite».
Le handicap entraîne une revue à la baisse des ambitions qu'on nourrit pour l’enfant, une envie de ralentissement, de «laisser du temps au temps»… · La volonté que l’enfant se rapproche le plus possible de la norme des enfants voyants malgré sa cécité renforce la tentation d'obliger l'enfant à fonctionner uniquement par rapport à sa date de naissance, l’âge étant la marque la plus évidente de la norme. · Les enfants intellectuellement précoces préfèrent la compagnie d’enfants plus âgés qu’eux, voire d’adultes, ce qui fait que souvent, ils s’isolent ne sachant à qui parler et restent dans leur monde. Le souci d’«intégration», omniprésent concernant un enfant aveugle, incite à le mettre avec des enfants de la norme, c’est à dire de son âge.
Besoin d’activités complexes :
La complexité peut-elle être naturellement présente par le simple fait que tout est plus difficile quand on ne voit pas ? · Les enfants intellectuellement précoces ont une vaste gamme de champs d’intérêt, souvent plusieurs passe-temps. La cécité empêche la pratique de certaines activités. La frustration est-elle accrue ou au contraire diminuée par la réduction du champ d’exploration, puisque de toutes façons il est impossible de tout faire ?
La dyssynchronie intelligence – psychomotricité
La psychomotricité est souvent en-dessous de l'âge légal, ce qui se traduit par une gaucherie des gestes, une maladresse, un manque d'intérêt ou d'attention pour ces «contingences ». La «tête» va plus vite que le corps et en particulier la main que les enfants précoces considèrent comme rudimentaire parce qu’incapable de suivre le rythme de la pensée. · Un enfant aveugle ne peut pas être autonome sans avoir de bonnes compétences psychomotrices. La latéralisation, la motricité fine, le toucher efficace, l’organisation dans l’espace, l’ordre, etc… sont fondamentaux. Le fait que ces éléments soient pris en compte très précocement (avec des cours de psychomotricité, locomotion, ergothérapie…) est une chance, et la garantie de ne pas focaliser sur le seul développement intellectuel. · Les enfants handicapés sont suivis de près, on tente de remédier au mieux à toutes leurs faiblesses, avec une inquiétude quant à leur avenir, et donc on a tendance à focaliser sur ce qui ne va pas. Les performances dans les domaines où la psychomotricité joue un grand rôle deviennent alors le principal critère de jugement scolaire, surtout en instituts spécialisés. Ecriture et lecture :
Coordination motrice, organisation, ordre, gestion de l’espace, sont des difficultés que se partagent enfants intellectuellement précoces et enfants aveugles ; quand on cumule, l'apprentissage est particulièrement difficile. · Ecrire à la tablette est un travail très minutieux, laborieux. Même chose pour l’écriture des chiffres à l’aide des cubarithmes, qui demande une grande finesse de manipulation et ne peut pas être rapide. L’écriture à la Perkins réclame une bonne dextérité, comme pour jouer du piano. Lire en braille, même pour un très bon lecteur, est de 4 à 6 fois plus lent que lire en noir. La frustration de la main qui ne suit pas la pensée s’en trouve largement amplifiée ! · Enfants intellectuellement précoces et enfants aveugles sont, pour des raisons différentes, beaucoup plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit, mais pour les enfants aveugles, comme la transcription braille/noir est une difficulté, la possibilité de remplacer un travail écrit par un travail oral est d’avantage admise.
Pour les enfants présentant une dyssynchronie intelligence-psychomotricité, on pourrait envisager de modifier l'ordre classique des apprentissages : la Perkins avant la tablette, les cubarithmes comme support de démonstration mais la calculette comme instrument de calcul, le recours aux contrôles sous forme orale, etc... Les mouvements stéréotypés :
Si le trop plein d’énergie des enfants intellectuellement précoces n’est pas canalisé, avec l’ennui, ils peuvent l’évacuer physiquement d’une manière qui fait parfois penser à de l’hyperactivité · Pour les enfants aveugles, évacuer l’énergie de façon motrice est plus difficile, les déplacements impliquent une grande concentration et sont le contraire d’un défoulement ; ils privilégient pour se détendre les mouvements sécurisants, comme sauter sur place, se balancer ou tournoyer : des «blindismes», qu’on ne va pas forcément penser à relier à l’ennui.
La dyssynchronie intelligence – affectivité
La maturité affective de l’enfant intellectuellement précoce est le plus souvent, en-dessous de l'âge légal, décalage renforcé par une hypersensibilité, due pour partie aux capacités intellectuelles, mais certainement aussi au traitement social : soit en raison d'une attente d'un développement affectif au même niveau de l'intellect, soit en raison d'atteintes répétées de la sphère affective, au nom de la normalisation. Cette moindre maturité affective grève aussi les relations sociales. Ceci n’a rien à voir avec de l’immaturité, source majeure d’incompréhension. · La cécité génère chez l’interlocuteur toute une série de sentiments pitié, protection, empathie, supériorité, culpabilité…que l’enfant intellectuellement précoce - hyperémotif et intuitif - percevra et qui vont exacerber sa grande fragilité émotionnelle. · Au fort besoin d’affection, à la dépendance affective accrue, il est difficile de trouver une réponse justement mesurée s’agissant d’un enfant aveugle. · Eviter la surprotection, mais aussi la dureté (parce que l’enfant handicapé aura une vie plus dure et qu’on doit lui apprendre à être fort, parce que les éducateurs scolaires ou parascolaires sont incités à la froideur pour éviter l’attachement affectif…) · Les enfants intellectuellement précoces, perpétuellement anxieux, peuvent mettre en place des rituels comme soupape à ces angoisses. Chez un enfant aveugle, les rituels peuvent être accentués par le besoin accru de sécurité, et devenir gênants. · Les enfants intellectuellement précoces ont une grande exigence envers eux-mêmes, l’esprit critique, voire intransigeant, intolérant, et une faculté de jugement qu’ils s’appliquent et qui les amène à élaborer une image d’eux-mêmes dévalorisée. La cécité qui handicape et génère des échecs peut amplifier la mauvaise estime de soi, la propension à se dire nul ou à le penser. · Avec un handicap, les injustices à subir sont beaucoup plus fréquentes, les responsabilités moindres, deux composantes auquel les enfants intellectuellement précoces sont particulièrement sensibles. · La conscience rapide et aiguë de la réalité du monde, la lucidité, fait de la cécité un sujet d’inquiétude générateur d’anxiété, mais permet peut-être aussi d’y faire face plus efficacement.
La dyssynchronie sociale
Les difficultés d’adaptation sociale sont liées au décalage entre l’enfant et les autres enfants de sa classe d’âge, les activités qui lui sont proposées et l’attitude qu’on a envers lui, tant à l’école qu’en famille. · Si on leur interdit d’aller à leur vitesse ou si on ne respecte pas leur mode de fonctionnement, pour se défendre contre l’ennui engendré par la sous-stimulation, les enfants intellectuellement précoces peuvent se montrer distraits, agités, indisciplinés… Ce comportement inadapté en classe, venant d’un enfant aveugle envers qui, par peur des problèmes et de l’inconnu, on est plus exigeant qu’envers d’autres, sera interprété comment ? · L’envie d’être comme les autres est d’autant plus forte quand on est doublement différent et marginalisé, surtout quand l’entourage est très insistant sur la nécessité que l’enfant handicapé s’intègre au mieux dans la société. Et comme un enfant aveugle ne peut pas feindre d’être voyant, il peut être tenté de se rattraper sur l’autre versant et renoncer à exprimer ses potentialités pour essayer d’avoir des copains. Ce qui peut conduire à l’automutilation intellectuelle («effet Pygmalion négatif»), et à un véritable sentiment d'abandon, générateur de dépression. · Le besoin de pairs est facile à satisfaire pour un enfant intellectuellement précoce, pas pour un enfant aveugle de surcroît. · L’autre option quand on se sent différent est de se réfugier dans la rêverie et l’isolement, de ne pas se mêler aux jeux des camarades qui, de ce fait, vont mettre en place une stratégie de taquineries conduisant, parfois, à de réelles persécutions. C’est un risque accru pour un enfant aveugle, pour qui cette option nécessite moins d’efforts que de se conformer aux autres, et qui par ailleurs est une cible facile pour les moqueries et farces en tout genre.
Le mode d’apprentissage :
· Pour les enfants aveugles, évacuer l’énergie de façon motrice est plus difficile, les déplacements impliquent une grande concentration et sont le contraire d’un défoulement ; ils privilégient pour se détendre les mouvements sécurisants, comme sauter sur place, se balancer ou tournoyer : des «blindismes», qu’on ne va pas forcément penser à relier à l’ennui. · La cécité génère chez l’interlocuteur toute une série de sentiments pitié, protection, empathie, supériorité, culpabilité…que l’enfantintellectuellement précoce - hyperémotif et intuitif - percevra et qui vont exacerber sa grande fragilité émotionnelle.· Au fort besoin d’affection, à la dépendance affective accrue, il est difficile de trouver une réponse justement mesurée s’agissant d’un enfant aveugle. · Eviter la surprotection, mais aussi la dureté (parce que l’enfant handicapé aura une vie plus dure et qu’on doit lui apprendre à être fort, parce que les éducateurs scolaires ou parascolaires sont incités à la froideur pour éviter l’attachement affectif…)· Les enfants intellectuellement précoces, perpétuellement anxieux, peuvent mettre en place des rituels comme soupape à ces angoisses. Chez un enfant aveugle, les rituels peuvent être accentués par le besoin accru de sécurité, et devenir gênants.· Les enfants intellectuellement précoces ont une grande exigence envers eux-mêmes, l’esprit critique, voire intransigeant, intolérant, et une faculté de jugement qu’ils s’appliquent et qui les amène à élaborer une image d’eux-mêmes dévalorisée. La cécité qui handicape et génère des échecs peut amplifier la mauvaise estime de soi, la propension à se dire nul ou à le penser.· Avec un handicap, les injustices à subir sont beaucoup plus fréquentes, les responsabilités moindres, deux composantes auquel les enfants intellectuellement précoces sont particulièrement sensibles. · La conscience rapide et aiguë de la réalité du monde, la lucidité, fait de la cécité un sujet d’inquiétude générateur d’anxiété, mais permet peut-être aussi d’y faire face plus efficacement. · Si on leur interdit d’aller à leur vitesse ou si on ne respecte pas leur mode de fonctionnement, pour se défendre contre l’ennui engendré par la sous-stimulation, les enfants intellectuellement précoces peuvent se montrer distraits, agités, indisciplinés… Ce comportement inadapté en classe, venant d’un enfant aveugle envers qui, par peur des problèmes et de l’inconnu, on est plus exigeant qu’envers d’autres, sera interprété comment ?· L’envie d’être comme les autres est d’autant plus forte quand on est doublement différent et marginalisé, surtout quand l’entourage est très insistant sur la nécessité que l’enfant handicapé s’intègre au mieux dans la société. Et comme un enfant aveugle ne peut pas feindre d’être voyant, il peut être tenté de se rattraper sur l’autre versant et renoncer à exprimer ses potentialités pour essayer d’avoir des copains. Ce qui peut conduire à l’automutilation intellectuelle («effet Pygmalion négatif»), et à un véritable sentiment d'abandon, générateur de dépression.· Le besoin de pairs est facile à satisfaire pour un enfant intellectuellement précoce, pas pour un enfant aveugle de surcroît. · L’autre option quand on se sent différent est de se réfugier dans la rêverie et l’isolement, de ne pas se mêler aux jeux des camarades qui, de ce fait, vont mettre en place une stratégie de taquineries conduisant, parfois, à de réelles persécutions. C’est un risque accru pour un enfant aveugle, pour qui cette option nécessite moins d’efforts que de se conformer aux autres, et qui par ailleurs est une cible facile pour les moqueries et farces en tout genre. La plupart des accès au savoir et des apprentissages demandés à l’école se font chez ces enfants de manière inconsciente grâce à leur capacité de logique et d’analyse. Ils ne savent donc pas qu’ils peuvent apprendre : si ce n’est pas évident et instantané, c’est impossible ! Ils ne ressentent la nécessité d’apprendre que lorsqu’ils tombent sur une vraie difficulté. Modalités cognitives et logiques sont différentes, avec surtout un rejet de la répétition et du par cœur. · Faute de pouvoir faire observer et d’imiter, la répétition est perçue comme un moyen pratique d’apprentissage aux enfants aveugles, pour les gestes du quotidien comme pour les notions scolaires. · L’enseignement nécessite, afin de créer des mécanismes et permettre une assimilation durable, certaines répétitions ; il faut ruser, trouver différentes voies pour aborder les mêmes notions mais sans lasser, déjouer la résistance à toute approche séquentielle, linéaire, systématique. Or, en braille, il y a très peu de supports innovants et variés ; en créer demande énormément de temps, d’énergie et de motivation. L’organisation de la pensée : Chez les enfants intellectuellement précoces le cerveau droit domine : traitement des tâches global, visuel, analogique, simultané, intuitif… alors que la cécité impose une sollicitation plus grande du cerveau gauche : la lecture en braille est séquentielle (chaque mot est lu de façon linéaire, pas à pas), le traitement des informations est auditif et verbal, les tâches demandent à être décomposées dans un ordre logique et rationnel pour être expliquées et comprises. · Hypersensibilité à l’échec, refuge dans des attitudes d’évitement et de refus…, l’enfant a du mal à prendre conscience que le succès n’est pas forcément immédiat, que la persévérance et le droit de ne pas réussir sont les clés de l’apprentissage. Ayant toujours absorbé les connaissances sans aucun travail d’élaboration, ignorant comment il fait, comment il a fait, comment il fallait faire… Il en résulte un fonctionnement en tout ou rien : il sait ou il ne sait pas. C’est tout. Souvent il n'accepte d’entreprendre que ce qu’il est sûr de réussir. Or, la cécité multiplie les occasions de se trouver en échec, dans une activité ou par rapport aux autres. · Les méthodes et les manuels classiques d’apprentissages du braille sont rébarbatifs, répétitifs et pauvres de sens, d’un grand ennui. Il est aussi plus difficile de raccrocher des concepts à la réalité sans l’appui du visuel. · Le manque de méthode de travail, le défaut de planification et la lenteur exécutive, les difficultés à gérer le matériel au quotidien, la répugnance à utiliser la mémoire plutôt qu’à faire l’effort de fixation nécessaire, sont d’autant plus handicapants quand l’enfant est aveugle et n’a aucun repère visuel pour retrouver ses affaires et assurer la continuité de son activité. Les activités extrascolaires :
Un programme d’activités extrascolaires, composé en fonction des centres d’intérêt et des goûts, peut apporter une aide précieuse dans la recherche de l’équilibre. Pour un enfant aveugle, des activités sportives ou de loisirs bien choisies contribuent à sa «rééducation», et lui permettent d’avoir des copains voyants. Mais son emploi du temps est déjà très chargé. On a tendance à l'en plaindre, à plaider pour lui le droit d’avoir du temps pour rêver, voire pour s’ennuyer, l’ennui étant sensé générer la créativité. · Les enfants intellectuellement précoces, en demande permanente, sont source d’épuisement pour leur entourage. Les parents d’un enfant aveugle ont le choix entre plusieurs attitudes : le laisser s’ennuyer en se disant que c’est dû à la cécité, que c’est inéluctable, répondre à ses sollicitations, au risque de se faire reprocher de le sursimulation ou de s’épuiser, rechercher pour lui des activités de loisir, ce qui demande aussi un effort de conviction vis à vis des clubs accueillants. · Certains enfants peuvent avoir plusieurs pôles d'excellence : création et intellect, ou sport et intellect... mais qu'advient-il quand la cécité limite les possibilités ? A part en musique, quelles occasions ont-ils d'exprimer leurs aptitudes ?
Conclusion : Les enfants et les jeunes qui présentent un potentiel exceptionnel ont besoin de méthodes éducatives différentes, au-delà des programmes et service habituels destinés aux élèves de potentiel normal. Cependant, les élèves intellectuellement précoces déficients visuels restent généralement exclus des programmes et services adéquats parce que leur handicap visuel lui-même masque leurs dons et leurs aptitudes. Il faut leur apporter une éducation spécifique pour réaliser leur potentiel à travers l’implémentation d’un programme bien organisé et méthodique basé sur leurs besoins individuels, leurs capacités et leurs incapacités. Ils requièrent des programmes et des choix d’investissements qui répondent à leurs besoins dans 4 domaines : · Identification de la précocité · Adaptation des programmes · Psychologie et conseil · Educateurs spécialisés et services de soutien. Mais identifier la précocité intellectuelle chez des enfants déficients visuels est un processus très complexe. Il n’y a pas de normes établies pour une version adaptée des tests (en braille ou en enregistrement sonore), l’édition en agrandi reproduit rarement les graphiques de façon fidèle, et des scores bas peuvent en réalité refléter l’impuissance des tests à repérer et discerner l’intelligence basée sur un comportement non visuel. En attendant que des tests adaptés permettent aux enfants intellectuellement précoces et déficients visuels d’être reconnus dans leur double particularité, il me paraît important, à nous parents, d’être attentifs aux besoins de nos enfants, d’accorder une attention particulière aux problèmes qu’ils rencontrent afin de ne pas faire de la surdouance un handicap associé. Pour cela, nous avons besoin des professionnels de l’enfant, nous devons poser les questions qui nous préoccupent quant au développement de celui-ci afin de satisfaire à la fois son potentiel intellectuel, son handicap visuel et ses besoins individuels. Environ 5 % des enfants sont intellectuellement précoces, ce qui signifie qu'il y a en moyenne, dans chaque classe, 1 ou 2 enfants concernés, pourquoi les enfants handicapés de la vue ne feraient-ils pas partie de ces statistiques ?
Texte écrit par Silvana Schaffner |