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Déficience visuelle et développement cognitif du petit enfant |
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Les deux premières années de la vie d'un enfant sont déterminantes de son évolution future sur tous les plans, mais particulièrement sur l'élaboration de ses structures cognitives. Selon Piaget, c'est durant cette période qu'il a qualifiée de sensori-motrice que l'enfant progresse des activités réflexes à un comportement plus systématique et organisé.
Par Pierre Rondeau psychologue à l'INLB Janvier 1997
Les deux premières années de la vie d'un enfant sont déterminantes de son évolution future sur tous les plans, mais particulièrement sur l'élaboration de ses structures cognitives. Selon Piaget, c'est durant cette période qu'il a qualifiée de sensori-motrice que l'enfant progresse des activités réflexes à un comportement plus systématique et organisé. Il apprend qu'il a le contrôle sur les objets de son environnement et peut graduellement rechercher visuellement un objet perdu. Il s'ouvre vers l'extérieur et apprend que les objets sont indépendants de lui-même. C'est également à cette période que l'on assiste à une coordination de plus en plus raffinée de l'information sensorielle. Ainsi, l'enfant développe la capacité de rechercher et de saisir son jouet. Vers la fin de cette tranche d'âge, il peut apprendre à imiter et à répondre aux gens avec des comportements imitatifs.
Globalement, la période sensori-motrice se caractérise donc par :
1) le développement de l'organisation inter-sensorielle ;
2) le développement de la permanence de l'objet ;
3) la capacité de résolution de problèmes.
Une telle évolution cognitive repose sur une interaction riche et continue entre l'enfant et son environnement physique et social. Pour se faire, tous les sens sont mis à profit et plus particulièrement la vision. En effet, la vision joue un rôle de premier plan dans le processus d'intégration sensorielle. La vision, plus que tout autre sens, fournit une information globale et rapide. Cette information permet une synthèse des stimulations sensorielles et une révision rapide des actions posées.
Une déficience visuelle sévère chez un enfant, a donc des incidences négatives sur le niveau d'expériences vécues. Les incidences du déficit visuel sur le développement cognitif se retrouvent particulièrement à trois niveaux :
1) la qualité et la quantité de la stimulation sensorielle ;
2) le développement des concepts ;
3) la communication incluant le langage et les habiletés sociales.
Le type et la qualité d'information que l'enfant peut extraire de son environnement sont directement liés au type et à la qualité de son fonctionnement sensoriel. Il n'y a pas de compensation magique et l'information perçue par un enfant aveugle est moins complète, moins rapide et immédiate ; elle est moins fiable et vérifiable et plus difficile à synthétiser. Certains auteurs n'hésitent pas à parler d'une normalité distincte lorsqu'il s'agit du développement de l'enfant aveugle. Ils veulent ainsi souligner l'importance de considérer leur développement de façon distincte de celui de l'enfant voyant puisque la familiarité à l'environnement et le processus d'assimilation de la réalité s'effectue d'une manière nécessairement différente. On parle donc d'une forme d'unicité qui s'amorce et se développe à partir de l'équipement sensoriel de l'enfant privé de vision. Ceci sous-tend que l'utilisation du fonctionnement des enfants voyants comme critère pour l'évaluation du fonctionnement de l'enfant déficient visuel n'est plus valide, puisque discriminatoire. C'est sur cette base que nous aborderons le développement de l'enfant déficient visuel.
L'exploration de l'environnement joue un rôle de premier plan dans le développement cognitif du jeune enfant. La période critique où l'absence de vision semble jouer se situe au moment où l'enfant commence à effectuer des comportements de recherche et d'exploration des objets (vers 3-4 mois). Selon Piaget, la vision motive, guide et vérifie l'interaction que l'enfant a avec l'environnement. Les stimulations visuelles contribuent à développer les patrons moteurs et ultérieurement, les habiletés cognitives. Chez l'enfant déficient visuel, l'exploration active se développe réellement lorsque le jeune enfant apprend à rechercher un objet au son. Malgré que les sens auditifs et tactiles s'unissent pour organiser sa réalité, ils ne remplissent pas une fonction unificatrice au même titre que la vision le fait. La source d'une stimulation auditive est difficile à localiser.
Les sons sont intermittents, ne fournissent pas un champ perceptuel stable : les processus cognitivo-perceptuels sont séquentiels plutôt que synthétisés. L'exploration tactile, pour sa part, permet une analyse des caractéristiques de l'environnement. Certains aspects de l'environnement sont cependant difficiles à saisir à moins qu'ils ne soient sans mouvement et en relation physique stable, l'un par rapport à l'autre. Il y a donc carence en terme d'information et l'enfant aveugle manque la fonction organisatrice que la vision fournit habituellement. De plus, la mobilité est nécessaire pour que l'enfant puisse explorer efficacement son environnement. La quantité d'information perçue dépend des déplacements de l'enfant dans l'espace mais on note une absence de motivation à bouger, en l'absence de vision.
Durant la période préscolaire, le processus interactif entre l'enfant et son environnement passe en bonne partie par le jeu. Le jeu est capital pour le développement cognitif de l'enfant. L'évolution cognitive se reflète dans le jeu par la présence de créativité dans l'usage des jouets. Or, il semble que l'enfant ayant une faible vision démontre des différences notables lorsque comparé à des enfants voyants, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Les enfants aveugles semblent démontrer moins d'intérêt dans le jeu et font preuve de moins de créativité et d'imagination. En effet, les enfants avec déficience visuelle passent plus de temps à manipuler de façon stéréotypée, les jouets et conséquemment, moins de temps à des jeux fonctionnels.
Si nous prenons pour acquis comme le postule Piaget, que le développement cognitif s'effectue sur la base de l'interaction entre l'enfant et son environnement, on doit donc s'attendre à ce qu'un manque d'expériences perceptuelles influence le développement des concepts. Il va de soi que certains concepts ne seront jamais assimilés par l'enfant aveugle, comme c'est le cas pour la couleur. Le développement des concepts est directement relié à la richesse et à la variété des perceptions. En effet, la formation des concepts relève directement d'un processus d'abstraction, c'est-à-dire, l'habileté à percevoir, discriminer et abstraire les similitudes d'une variété d'objets ou d'événements et d'y rattacher un mot ou une signification. Le processus repose donc sur un ensemble d'expériences concrètes entre l'enfant et son environnement. Des incapacités visuelles risquent d'engendrer un manque d'opportunités d'apprendre de façon autonome. En ce sens, l'enfant aveugle demeure dans une bonne mesure, dépendant de l'information verbale émise par les autres. Or, les études récentes sur ce sujet tendent à démontrer que les parents n'ont pas tendance à fournir des descriptions des objets, des gens ou des événements que l'enfant rencontre mais ont plutôt tendance à donner des étiquettes aux objets ou aux actions. En somme, au lieu de donner les informations nécessaires permettant à l'enfant de se former des concepts à partir du processus d'abstraction décrit plus tôt, les adultes utilisent une terminologie déjà toute conceptualisée. |
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